Estime et considération de la médecine traditionnelle

A la rencontre du docteur Suruliappan

by Marie Nahmias - Paris, France

Poosanampatti, est un petit village d’Inde du Sud où subsistent encore quelques cliniques aux méthodes traditionnelles. A elles seules ces cliniques spécialisées dans le traitement des fractures osseuses, reçoivent environ mille patients par jour. Nous avons visité la plus importante d’entre elles, où travaille Mr Suruliappan, un médecin âgé de 67 ans, qui s’y rend chaque jour aidé de ses assistants. Ce qu’ils appellent une clinique n’est en réalité qu’une salle très sombre où la lumière lutte pour se frayer un passage, où deux bancs sont collés contre le mur en guise de salle d’attente, et où des milliers de petites planches de bambou s‘entassent sur des étagères déjà pleines à craquer de compresses, que l’on imagine difficilement être stériles. Les sept ou huit médecins présents dans la salle sont assis à même le sol et reçoivent les nombreux patients sans interruption.

Un docteur hors du commun

Un patient soigné par un assistant

Un patient soigné par un assistant

Entre deux interventions Mr Suruliappan accepte de nous consacrer de son temps pour répondre à nos questions. Il laisse alors ses assistants s’occuper durant quelques minutes des dizaines de patients en attente de soins.

Il nous explique ensuite, qu’il a débuté cette profession à 15 ans et que les ficelles du métier lui ont été transmises par son père. Même si ce savoir faire se transmet de générations en générations depuis plus de deux cents ans, Mr Suruliappan affirme que le lien du sang n’est pas nécessaire pour apprendre à pratiquer ces méthodes traditionnelles. Selon lui, l’essentiel réside dans la passion et le talent. En effet, il exerce ce métier dans le seul but de rendre service aux plus démunis, ne faisant payer à ses clients qu’un maximum de 30 Roupies soit l’équivalent 0,50cts d’Euros. On peut s’apercevoir que les patients viennent ici pour diverses raisons : fractures osseuses, muscles noués ou encore pour des douleurs au dos. Mais quelque soit le motif de leur venue, les consultations ne durent jamais plus de quelques minutes. Cependant, même si l’examen est très rapide, les clients doivent la plupart du temps revenir à la clinique entre deux à cinq fois le mois suivant, selon la gravité de leur blessure. C’est le cas par exemple, d’un jeune homme qui est ici suite à une fracture au bras droit. Sa visite médicale ne va durer que cinq minutes. Tout d’abord, le médecin touche le patient pour tenter de localiser la douleur et d’en trouver la nature. Ensuite, il bande son bras qu’il maintient fermement entre deux planches de bambou, ficelées autour du bandage. Après sa consultation, on demande au jeune homme de revenir deux semaines plus tard, pour être certain que le traitement fonctionne. Il arrive parfois que la plaie soit ouverte, il est alors nécessaire d’appliquer une pommade à base de sulphanilamide, qui est un bactériostatique très puissant. C’est donc ainsi que se déroule une consultation dans cette petite clinique de Poosanampatti . Selon le docteur Suruliappan, tous les os et toutes les articulations du corps sont susceptibles d’être traitées dans cet établissement, excepter le genou qui demande un matériel dont ils ne disposent pas dans cette clinique, rappelons que l’équipement du personnel est très pauvre. Il se réduit à des bandages, quelques huiles et pommades et des planches de bambou. Ce même bambou, qui sert généralement d’attelles aux malades, est apporté au dispensaire par quelques fermiers des alentours. Il est vrai que le quartier de Theni où se trouve le village de Poosanampatti, est très riche en plantation, ce qui n’empêche pas les médecins de recycler le bambou déjà utilisé par les patients. Mr Suruliappan nous explique qu’il y a entreposé sur toutes les étagères de la salle pour environ 6000 Roupies, de petites planches de bambou.

Le sort controversé des patients

Au milieu des visages apeurés, des plaintes et des gémissements, un jeune garçon semble très serein après son intervention. On lui demande comment il fait pour rester si calme. Il nous explique que c’est la deuxième fois qu’il se rend dans cette clinique. En effet, il a déjà expérimenté ces méthodes il y a environ deux ans à la suite d’un accident en rickshaw au cours duquel il s’était fracturé un orteil. Cette fois-là il était réticent à l’idée de venir ici, surtout du fait qu’aucun anesthésiant n’est utilisé afin de ne pas affecter l’organisme et de ne pas endommager les articulations. Il est vrai que la peur de souffrir davantage durant la consultation peut décider certains patients à préférer un établissement moderne. Mais malgré sa peur, le jeune homme s’est aperçu au bout de quelques semaines que le traitement était efficace, il n’a donc pas hésité à revenir se faire soigner dans cet endroit.

A gauche le docteur Suruliappan, à droite son assistant et au centre le jeune garçon

A gauche le docteur Suruliappan, à droite son assistant et au centre le jeune garçon

Quelques instants plus tard une vielle dame qui semble souffrir le martyr, attire notre attention. Elle est venue de l’Etat du Kerala dans l’espoir de se faire soigner dans cette clinique de très bonne réputation. Sa main est très enflée et la souffrance est telle qu’elle s’évanouit quelques minutes après son arrivée. Seulement, le médecin n’a qu’à toucher la patiente pour diagnostiquer que la douleur ne provient pas de l’os, il ne peut malheureusement rien faire pour elle et se voit donc contraint de l’envoyer dans un hôpital pour recevoir des soins contemporains.

C’est en effet, un des problèmes de la médecine traditionnelle, ces méthodes ancestrales ne permettent pas de soigner tous les types de blessures, les clients sont donc souvent réorientés vers des pratiques plus modernes. De plus, il est parfois très contraignant pour les patients de bouger, il est fréquent que leur blessure les handicape et qu’ils ne soient plus aptes à se déplacer jusqu’à la clinique. Ensuite, comme dans toutes les professions il y a quelques fraudes, mais il est alors très commode pour le patient de s’en rendre compte lorsque le traitement n’est pas efficace .En effet, une femme après avoir fréquenté deux établissements, sans succès, s’est rendue dans la clinique plus renommée de Mr Suruliappan, quand elle s’est aperçue que sa douleur ne passait pas. Le docteur affirme néanmoins, qu’il n’est pas nécessaire de s’inquiéter car ce phénomène est peu courant.

Cependant, ces traitements sont accessibles à tous, ils sont relativement peu chers et surtout très rapides, contrairement à la médecine moderne dont le traitement peut durer des mois.

Nombreux sont ceux qui, adeptes de la médecine moderne, ont du mal à croire aux résultats des méthodes traditionnelles. Pourtant, Mr Suruliappan affirme que d’essayer ce traitement c’est l’adopter, une fois ces méthodes expérimentées le patient ne peut qu’en approuver la performance et en apprécier le résultat.

April 2012 issue

This month, Ariane Lecuyer (France) and Leonie Rodenbuecher (Germany) met Dr. Jesuraj Mascarenas of the Pasam Trust - an extraordinary surgeon who dedicates his life to providing healthcare to people living in poverty in rural areas around Kodaikanal, Tamil Nadu; and James Lees (Australia) spends "A Day in the Life of a Rickshaw Driver" - the first in a new series that explores the professions of Madurai's people.

Summary

Editor's Corner

A Black and White Era in Journalism

COVER STORY

Healing Hands of Hope

PASSION

Destination Delicious

A DAY IN THE LIFE OF...

In the Driver's Seat

MAKING A DIFFERENCE

Giving from the Heart

CAREER

Truth Above All Else

ART

Art for the Soul

TRADITION

A Glorious Architectural Heritage

FIRST IMPRESSIONS

Ask and it is Given!

Incredible India

Hospitality Redefined

TRENDS

All that Glitters...

All the World's a Facebook!

VILLAGE VOICES

Sholavandan: A Pastoral Idyll

CULTURE KITCHEN

Bon Appetit!

BOOK REVIEW

Two Voices, Two Worlds

FILM

Hear Him Roar!