« Nous prônons la religion de l'humanité », nous explique le père Tony à notre arrivée à l'orphelinat, bien qu'il soit chrétien, du petit village d'Alagutarai, près de Theni. En effet, malgré une gestion de l'endroit par quatre soeurs et deux pères, tous les enfants, principalement des filles, de mères originaires du village quelques soient leur religion sont recueillis, si ces dernières décident qu'elles ne peuvent pas en assumer la charge.
Ces situations sont assez récurrentes dans ce village et ses alentours ,dans la mesure où la communauté des Kallars, plus communément appelée la caste des voleurs, est dominante. Leur culture implique des dépenses colossales pour leurs filles en matière de dotes, d'ornements et vêtements pour leurs innombrables cérémonies. Les grands-parents doivent notamment verser la somme d'un million de roupies pour le mariage de chacune des filles à la famille de leur futur époux ; ce qu'on devine insoutenable, lorsqu'on a eu l'occasion de constater la pauvreté de cette région.
Avant la mise en place de cet orphelinat, l'infanticide était une pratique communément admise et réalisée au sein de ce peuple. Lorsque le missionnaire allemand, le père Francis Xavier Dirberger, réalisa la situation de crise concernant le traitement de ces nouveaux-nés, « l'assassinat des filles », selon le père Tony, il décida en 1987 de le limiter autant que possible en créant ce lieu de recueillement et de confiance, où les tabous de la société indienne ne semblent plus avoir leur place.
D'ailleurs leur slogan, « Je veux vivre », exprime un appel à la fin de « l'asphyxie et la tuerie des bébés », d'après les termes du père Tony. Bien qu'il n'existe pas encore de planning familial, où des contraceptifs pourraient être distribués, le gouvernement en développe une certaine forme, où il offre une opération définitive afin de stériliser, généralement la femme d'un couple ayant déjà donné le jour à deux enfants, ainsi que des fruits et des légumes pour quelques jours.
Confronté à cette alternative assez radicale, le comité de l'orphelinat développe en parallèle un programme de santé publique, le « Sanitation Health Education ». Le SHE prospecte dans des écoles ou des entreprises dont la majorité des membres est féminine, afin de dispenser des séminaires et des cours d'éducation sexuelle ; message qui se trouve globalement être très bien perçu et reçu, dans la mesure où la majorité des femmes se voient forcées d'abandonner, voire tuer leurs petites filles, car, dans la culture indienne, elles portent la responsabilité de la faute d'avoir accouché d'une fille, nous éclaire le patient père Tony qui constate l'incompréhension des journalistes européennes l'entourant.
Par ailleurs, ce programme implique également un organisme situé à quinze kilomètres du village, pour des handicapés et des bébés déjà nés, dont la mère, malgré les difficultés que cela implique, ne désire pas les placer en adoption. Ce centre dispense des soins et une éducation , selon les moyens disponibles, aux enfants et parents.
A travers leur action, ce comité tend à compléter l'action du gouvernement, qu'il estime insuffisant, particulièrement sur le long terme dans les zones rurales. Il y distribue des matériaux et met en place des installations dans le but de développer l'enseignement à Usilampatti.
Au sein de ce village de tradition tribale, il est parvenu également à mettre en place un « groupe de femmes ». Les quinze femmes qui le composent arrivent à se faire respecter et gèrent leur vie sans dépendre des hommes, comme le voudrait la tradition locale.
Toute cette organisation est possible sur le plan financier grâce à de nombreux dons, de riches familles concernées par cette cause des infanticides et d'abandons, ayant probablement adopté un enfant de l'orphelinat à un moment donné ou simplement interpelées par des personnalités qui représentent l'organisme, telles que Soosan, membre direct du comité et mère de la fameuse actrice indienne Katrina Kaif.
D'ailleurs, l'adoption d'enfants par ces familles plus ou moins fortunées s'avère connaître un franc succès, puisquà ce jour seulement 25 enfants résident à l'orphelinat, dont le plus âgé a cinq ans. Le père Tony nous explique que tous les enfants sont rapidement adoptés. Il ne lui est jamais arrivé de ne pas parvenir à placer un enfant, bien que les conditions d'adoption soient difficiles à remplir et chaque famille potentielle soit étudiée minutieusement. De plus, comme l'exige la loi, le sexe du bébé est maintenu secret afin d'éviter tout favoritisme. Compte tenu de la propreté du bâtiment et de l'attention portée à ces bambins éveillés et curieux, par les nombreuses volontaires vivant dans l'orphelinat afin d'apporter des soins permanents, nous n'avons pas de difficultés à le croire.
Cependant nous ne pouvons nous empêcher de nous questionner sur les résultats effectifs et le possible découragement de ces missionnaires des temps modernes au coeur d'une société traditionnelle où la femme ne paraît pas vraiment avoir la possibilité de s'exprimer librement , situation promue par un gouvernement à l'affut d'actions publicitaires, à défaut d'humanitaires.
Il nous avoue qu'il est difficile de maintenir le sexe du foetus confidentiel, car les traditions persistent et des pots de vin attractifs sont souvent versés aux gynécologues.Par ailleurs, il souligne avec intensité que son centre ne veut aucune publicité car il craint un afflux de personnes désespérément à la recherche d'un enfant à adopter. Ceci conduirait au développement d'un commerce illégal de ces derniers et éliminerait tout le travail accompli par l'orphelinat pour réprimer ces anciennes pratiques, dues à une pauvreté importante dans la région.
En revanche, face à nos inquiétudes, le père Tony répond avec espoir que moins en moins de bébés arrivent dans leurs locaux, car leur forme de planning familial porte vraisemblablement ses fruits.
This month, Ariane Lecuyer (France) and Leonie Rodenbuecher (Germany) met Dr. Jesuraj Mascarenas of the Pasam Trust - an extraordinary surgeon who dedicates his life to providing healthcare to people living in poverty in rural areas around Kodaikanal, Tamil Nadu; and James Lees (Australia) spends "A Day in the Life of a Rickshaw Driver" - the first in a new series that explores the professions of Madurai's people.
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