En Andipatti, Tamil Nadu, existe un petit village du nom de Nachiyapuram qui a pour caractéristique de donner le même prénom à ses habitants, celui de Bakia.
Bakiammal : un esprit controversé
Bakia vient du prénom Backiammal qui n’est en rien le nom d’une déesse mais celui d’une femme tout à fait ordinaire née à Nachiyapuram en 1947.
Fille ainée, elle subit une énorme pression de la part de ses parents en ce qui concerne le mariage. En effet, dans la tradition hindoue, l’on marie les filles de la plus grande à la plus jeune. Ainsi, tant que Backiammal se refusait au mariage, ses trois autres soeurs étaient contraintes d’attendre. Backiammal n’a jamais été intéressée par le mariage ; cependant, quand elle a eu 20 ans en 1967, sa famille l’a forcée à accepter une offre de son oncle maternel, qui en était déjà à son deuxième mariage, afin de permettre à ses trois soeurs de pouvoir se marier à leur tour. Backiammal, toujours aussi hostile au mariage, sombra dans une dépression après cette alliance organisée contre son gré. Ne se faisant toujours pas a cette idée, dix jours avant son union, Backiammal partit dans la forêt pour se suicider en buvant le lait de quelques herbes vénéneuses.
Jeyalaksmi et son fils
Le mythe veut que, deux ans après sa mort, son esprit apparut à certaines personnes dans le village. Morte triste, Bakiammal aurait été un esprit malveillant apportant la peur et le malheur dans le village. S’étant suicidée en ingurgitant du poison, les herbes vénéneuses aurait développé une soif chez l’esprit qui ne pouvait se satisfaire que d’eau. Bakiammal aurait donc communiqué avec sa famille afin de lui réclamer un verre d’eau, laquelle le lui aurait apporté à l’endroit où est situé l’actuel temple qui lui est dédié, espérant ainsi calmer sa colère. Cette eau provenant d’un puits rendit Bakiammal plus énervée que jamais. Elle réclama que l’eau ne provienne exclusivement que de sa maison. Sa famille se soumit à son souhait et lui rapporta un second verre d’une eau provenant de chez elle. Sa soif ainsi calmée, l’esprit de Bakiammal se transforma, devint bon et promit la prospérité à tous ceux qui l’idolâtreraient. Ainsi, le frère de Bakiammal, sous les ordres de l’esprit, construit un temple en 1970 afin que chacun puisse l’adorer et que celui-ci aide les habitants.
Des croyances qui perdurent
C’est donc en 1972 que s’acheva la construction du temple en l’honneur de Bakiammal. C’est aussi le début de son adoration par les villageois au point que ceux-ci donnèrent son prénom à tous leurs nouveaux nés. En contrepartie, cet esprit est censé apporter richesse et bonheur à toutes les personnes qui porteront son nom. Pourtant, la croyance en Backiammal et son influence sont exclusives à Nachiyanpuram : il n’y a pas d’autre endroit en Inde qui célèbre son nom ni même où celui-ci aurait une toute autre signification.
Nous avons rencontré la femme prêtre, Kondammal, âgée de 59 ans, qui gère le temple depuis un an et demi. Kondammal nous raconte qu’elle a vécu avec Backiammal lorsqu’elle était petite. Elle nous dit que, sur les quatre mille habitants du village, plus de trois mille d’entre eux portent le nom de Backia. Les habitants se rendent au temple de Backiammal dans les moments délicats de leurs vies concernés par la maladie ou des problèmes familiaux ou professionnels. Ainsi, les femmes qui rencontrent des difficultés pour avoir un enfant offrent des animaux en sacrifice et posent des vêtements sur l’arbre qui est situé dans le temple. Après maints prières et sacrifices, si leurs voeux sont exaucés, elles donnent le nom de Backiammal à leurs enfants. C’est le cas d’une dame, Jeyalaksmi, qui n’arrivait pas à concevoir un enfant après six mois suivant son mariage. Elle nous explique que, moins d’un moins après ses prières faites dans le temple, elle aurait été bénie et serait tombée enceinte. Pour remercier Bakiammal, elle nomma son fils Backianathan. Elle pense que, grâce à son prénom, son enfant bénéficiera d’une vie saine et prospère. Dans sa famille, Jeyalaksmi a déjà un frère appelé Backiaraj et deux soeurs prénommées Backiam et Backialakshmi qui, selon ses dires, vivent tous trois de manière heureuse et prospère.
Il n’est pas rare non plus que les habitants du village, confrontés à des difficultés familiales ou professionnelles, vont jusqu’à changer leur prénom afin de rendre grâce à Backiammal et espérer ainsi en retour son offrande pour les aider à prospérer.
Kondammal
Kondammal nous raconte aussi les expériences de certaines familles vivant dans le village comme celle ayant eu un garçon qu’elle avait nommé Backiaraj. Cette famille possédait une bonne fortune et quitta le village pour aller s’installer à Chennai. Son entreprise était prospère mais elle décida que, Backiaraj était un prénom rural, le fils devrait en changer afin d’en porter un qui soit plus moderne et davantage en adéquation avec son nouveau mode de vie, plus urbain. Le prénom du fils fut donc modifié mais, peu après ce changement, le garçon eut un accident, se cassa la jambe et devint également muet. La famille comprit qu’elle avait offensé Backiammal. Elle retourna donc vivre au village, pria et laissa des animaux en sacrifice pour honorer l’esprit de Bakiammal, espérant gagner ainsi la guérison du fils.
Aujourd’hui, cette tradition d’attribuer le même prénom à tous les nouveaux nés s’avère parfois problématique, en particulier dans les écoles et pour la vie professionnelle. Au sein du village, il devient ainsi ardu de différencier les individus. Certaines familles ajoutent donc leur nom à la fin de « Bakia » afin de se distinguer des autres ou de signaler ainsi leur caste.
Le culte de Bakiammal est donc une véritable croyance pour les villageois de Nachiyapuram qui, chaque année, au mois de mai ou à la date du Tamil Vaigasi troisième, lui rendent hommage. Cette fête, appelée Kumbabli Segam, est une cérémonie durant laquelle les villageois rendent grâce aux bonnes choses qu’ils ont reçu de Backiammal. Pour cela, ils maintiennent du feu dans des pots en argile, sacrifient des animaux en son honneur et dansent des chorégraphies d’ordre spirituel. Pour les villageois, l’esprit de Bakiammal est toujours présent dans son crématorium : ils considèrent qu’il leur apporte bonheur, richesse et santé.
This month, Ariane Lecuyer (France) and Leonie Rodenbuecher (Germany) met Dr. Jesuraj Mascarenas of the Pasam Trust - an extraordinary surgeon who dedicates his life to providing healthcare to people living in poverty in rural areas around Kodaikanal, Tamil Nadu; and James Lees (Australia) spends "A Day in the Life of a Rickshaw Driver" - the first in a new series that explores the professions of Madurai's people.
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