L’extraordinaire histoire du Dr P. Namperumalsamy

L’un des 100 noms qui ont le plus influencé le monde cette année et classé dans la catégorie Héros par Time Magazine  – il ne figurait cependant pas aux côtés de Lady Gaga et Bill Gates en première page de couverture-, est le Dr P. Namperumalsamy. Ophtalmologue, il est  président du Aravind Eye Care System à Madurai. Grâce aux actions qu’il a menées dès le début de sa carrière, chaque année, des centaines de milliers d’Indiens retrouvent la vue après avoir été opérés de la cataracte par un régiment de médecins formés à la technique. Récit d’une rencontre avec cette personnalité innovante, animée par des valeurs humanistes et pragmatiques. Nous l’avons interviewé le 23 juin dans son bureau de l’Aravind Eye Hospital.

L’Aravind Eye Care System : un des plus grands services d’ophtalmologie au monde

Facilement accessible, cet homme de 70 ans, fils de fermiers peu éduqués, ayant suivi des études de médecine plutôt que d’ingénieur suite au choix d’un ami de la famille, est devenu célèbre au fil des succès de l’entreprise à laquelle il a pris part en 1976 à son retour des Etats-Unis. Il rejoint alors son mentor, et beau-frère, le Dr. G. Venkataswamy, Leur devise de l’époque, toujours actuelle, est « on ne doit pas renvoyer un patient parce qu’il n’a pas d’argent ». Pour payer le premier hôpital, les médecins hypothèquent leur maison. Démarré avec 11 lits, l’Aravind Eye Hospital en compte maintenant 4000 dans cinq endroits différents. L’Aravind Eye Care System est aujourd’hui l’un des plus grands services d’ophtalmologie au monde. Chaque année, il accueille quelque 2,7 millions de patients et 300.000 opérations y sont réalisées.

Les patients payent en fonction de leurs moyens

En Inde, 12 millions de personnes sont aveugles ou mal voyantes et, dans la plupart des cas, ce n’est que faute de traitement. Le système mis en place par les fondateurs de l’Aravind Eye Hospital pour redonner la vue à ses patients est simple. Parmi les patients, 30% peuvent payer les frais et 70% ne peuvent pas ou seulement en partie. Pour que tous aient droit au même service, l’opération de la cataracte, chacun payent en fonction de ses moyens. Etant donné que ceux qui ont les moyens payent un peu plus (solidarité acceptée) pour pallier le manque de ceux qui ne payent pas, le système fonctionne et n’a pas besoin de fonds extérieurs.

Un système de soins efficace, économique et auto-suffisant

Une économie sur les moyens humains est réalisée en formant du personnel paramédical chargé de trier au préalable les patients en faisant un premier diagnostic des maladies oculaires.  Ceux qui nécessitent une intervention sont transportés par bus à l’hôpital. Les médecins pratiquent uniquement les interventions chirurgicales et même les enchaînent puisque le reste, préparation des patients et suivis des patients selon des protocoles bien établis est réalisé par les paramédicaux.

Un autre facteur notable d’économie a été la fabrication locale des lentilles implantées à la place du cristallin. Venant de l’étranger, elles coûtaient 150 dollars, donc impossibles à acheter. Grâce à un transfert de technologie, elles sont maintenant fabriquées à 8 kilomètres au Nord de Madurai. La production est telle qu’elles sont exportées dans de nombreux pays.

Le Dr Namperumalsamy, un futuriste misant sur l’innovation

Avec la réputation est venue la reconnaissance. Le Dr Namperumalsamy a reçu de nombreux prix et distinctions dont le Gates global health award en 2008.

Engagé dans le programme 2020 de prévention de la cécité, il est primordial pour lui de détecter les problèmes de vision en particulier chez les enfants et les diabétiques.

Plein d’espoir pour l’avenir,  il mise sur le développement de protocoles de soins pour le glaucome et les rétinopathies, comme cela a été fait pour la cataracte. Enfin, passionné de recherche, le Dr Namperumalsamy évoqu les recherches menées dans les laboratoires  flambant neufs du centre Aravind. Utilisant des outils tels que la génomique (analyse des gènes) ou de la protéomique (analyse des protéines),  elles ouvriront peut-être la voie à de nouvelles thérapies lorsque les marqueurs responsables de ces maladies oculaires auront été identifiés.

Mais pour l’heure, il est encore toujours urgent de former un maximum de jeunes ophtalmologues  aux techniques chirurgicales existantes pour réduire les causes de cécité. Sur les 14.000 ophtalmologues que compte l’Inde seuls 8000 pratiquent la chirurgie.